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Des archives à nos jours

Bonne année!

L’époque des fêtes est souvent propice aux bilans et aux prospectives.  Pourquoi pas nourrir notre réflexion par la lecture ou la relecture d’un grand classique ?

L’occasion nous en est donné par la réédition en poche, chez Odile Jacob, du livre de Samuel Huntington, Le Choc des civilisations.  Il date de 1996, mais n’a semble-t-il rien perdu de son actualité. Ainsi, on pourra notamment méditer quelques-unes des prédictions de l’auteur. Par exemple celles-ci : que  parmi les menaces majeures auxquelles sera confronté l’Occident figureront celles qui viennent de l’Europe de l’Est, puis celles que représente l’Islam et enfin celles de l’immigration en provenance du Sud. .

« Depuis des siècles », écrit Huntington, « la frontière civilisationnelle entre l’Occident et l’orthodoxie passe en plein cœur de l’Ukraine », entre une Ukraine tournée vers l’Occident et une autre, revendiquée par la Russie, une Russie « qui n’a presque pas été exposée aux phénomènes historiques qui ont défini la civilisation occidentale: le catholicisme romain, la féodalité, la Renaissance, la réforme, l’expansion maritime et le colonialisme, les Lumières et l’émergence de l’État-nation ». Comment résoudre ce conflit ? Trois scénarios lui paraissait possibles: une Ukraine unie rattachée à l’Europe, une Ukraine coupée en deux, une Ukraine annexée par la Russie. Après bientôt deux années d’une guerre d’agression des plus meurtrières, ce n’est pas le premier de ces scénarios qui est  le plus probable..

Quant à l’Islam, bien avant les attaques du 11 septembre, Huntington prévoyait la résurgence du conflit millénaire qui l’oppose à l’Occident. Citons-le : «Certains Occidentaux, comme le président Bill Clinton, soutiennent que l’Occident n’a pas de problèmes avec l’islam, mais seulement avec les extrémistes islamistes violents. Quatorze cents ans d’histoire démontrent le contraire.» Et d’ajouter :«Au XXe siècle, le conflit entre la démocratie libérale et le marxisme-léninisme n’est qu’un phénomène historique superficiel en comparaison des relations sans cesse tendues entre l’islam et le christianisme.» Il pensait d’ailleurs que ces tensions allaient s’accentuer au XXIe siècle du fait du désir de revanche postcolonial des pays musulmans et des prétentions universalistes de l’Occident.

Troisième défi : l’immigration. « La démographie dicte le destin de l’histoire », nous rappelle-t-il. « Les mouvements de population en sont le moteur. La question n’est pas de savoir si l’Europe sera islamisée ou l’Amérique hispanisée. La question est de savoir si l’Europe et l’Amérique deviendront des sociétés déchirées entre deux communautés distinctes et en grande partie opposées, appartenant à deux civilisations. (…) Une immigration importante ne peut que produire des pays divisés entre chrétiens et musulmans. »

 Les dirigeants occidentaux, commente Huntington, semblent conscients de la montée en puissance de la question migratoire et tentent d’y répondre, mais ils sont impuissants face au pouvoir d’intimidation idéologique de la gauche morale qui diabolise toute velléité de juguler les flux, si bien que la situation qui est la nôtre est bien pire qu’il y a trente ans.

Pendant un demi-siècle, Samuel Huntington a enseigné la science politique à l’université Harvard. Parmi ses nombreux livres, Le Choc des civilisations est celui qui a suscité le plus de controverses. L’auteur est mort en 2008, mais les discussions autour de ses thèses continuent. C’est qu’elles méritent réflexion.

Nous nous retrouverons dans la nouvelle année dès le 29 janvier autour de Jean-Pierre Le Goff, puis le 12 février autour de Gilles Kepel. Le 4 mars nous accueillerons Dominique Païni, le 18 mars Maryvonne de Saint Pulgent, le 8 avril Jean-Robert Pitte, le 29 avril Pascal Ory.