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10 janvier 2005 | 18:15

Bruno Doucet

Poésie de la Résistance, résistance de la poésie

Bruno Doucey est né en 1961 dans le Jura. Longtemps professeur de lettres et formateur à l’Institut Universitaire de Formation des Maîtres (IUFM), il est l’auteur de nombreux ouvrages pédagogiques et d’études critiques consacrées à Marivaux, Patrick Modiano, J.M.G. Le Clézio, Francis Ponge, Claude Roy, Jean Tardieu, etc., parus aux éditions Hatier, Nathan, Retz ou Gallimard. On lui doit également des anthologies de poésie (La Poésie engagée, 2001 ; La Poésie lyrique, 2002), un recueil de nouvelles (La Cité de sable, 2005), des récits pour la jeunesse (Moïse, 2001), des poèmes qui accompagnent des expositions de tableaux en France ou à l’étranger. Il est aujourd’hui  (2005) directeur des éditions Seghers.

Présence des poètes disparus
par Daniel Rondeau
Pierre Seghers livre le secret de toute résistance
Un nom suffit : poésie

La Résistance et ses poètes, de Pierre Seghers, est le témoignage d’un poète. On y trouve à la fois le « chant général » d’une époque noyée de deuils et de sang, quand des Français se récitaient en secret des vers d’Aragon ou de Paul Éluard, et l’épopée d’une poignée de flamboyants qui racheta par son courage et son verbe, ses souffrances aussi, la grande génuflexion française de 1940 devant l’armée nazie. Publié en 1974, tout de suite devenu un classique, depuis longtemps introuvable, cet inventaire passionné, traité de vie future autant que manifeste contre l’oubli, est à nouveau disponible dans une nouvelle édition, que l’on doit à Bruno Doucey. En son temps, ce livre avait fait date. La colère de 1968 déjà récupérée, de Gaulle définitivement reparti vers sa forêt gauloise, les Français étaient tentés de tourner la page et souhaitaient se déhancher tranquillement sur d’autres hymnes que les Marseillaise d’Estienne d’Orves. En même temps qu’ils ne se privaient pas d’aimer Lacombe Lucien ou l’inattendu et éblouissant Nain jaune de Pascal Jardin, ils réintégraient en douceur d’anciens collaborateurs « dans le patrimoine national » (Henry Rousso). Pierre Seghers, poète et éditeur de poésie, résista à sa façon à ce qu’il ressentait comme une infidélité du temps. La Résistance et ses poètes fut sa réponse aux marmonnements des volages, des oublieux et des moqueurs. Parce qu’il transmettait plus qu’une histoire, plus que des noms et des vers de poètes oubliés (Alain Borne), plus que la vérité (le rôle central d’Aragon, celui du spiritualisme chrétien), la voix de Seghers allait porter plus loin que son temps. Elle résonne de façon étrangement claire et puissante dans notre époque. La détresse a changé de visage et les monstres d’aujourd’hui ressemblent à de bons garçons indifférents. Seghers nous transmet le feu et les secrets de toute résistance. Un nom suffit : poésie. Dans la même collection Seghers, un livre de Roger Bernard, Ma faim noire déjà. Bernard vécut comme un météore. Il avait été l’ami de Jean Giono, son premier maître, puis de René Char. Il fut tué à 23 ans par des SS, sur les hauteurs dominant Céreste, un matin de juin 1944. Il avait laissé un cahier de poèmes que Char fit éditer après la Libération, puis trente ans plus tard, « à l’heure où la mémoire de la “France des cavernes” commençait à blanchir au flanc des stèles » (Antoine de Meaux). Des inédits (En saumure depuis lors), quelques photos en noir et blanc et une préface de Dominique de Villepin (« Il avait brûlé en résistance davantage de lumière que ses contemporains ») nous rendent une voix, un visage, le regard pur de celui qui ne voulait voir dans l’homme « qu’un poème de joie ».

L’Express du 24.05.04

Détails

Date :
10 janvier 2005
Heure :
18:15

Lieu

Université de Bâle, salle 117
Petersplatz 1
Basel, 4001 Suisse

Conférencier

Bruno Doucet